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Diocèse de Blois

Dans le monde et pas du monde.

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Chronique de Mgr Batut du 2 février 2018

La semaine dernière, avec la petite parabole du voleur de Bagdad, j’ai tenté d’illustrer un phénomène récurrent dans l’Église : la sécularisation progressive des institutions chrétiennes. Le défi auquel l’Église doit faire face depuis les origines est d’être dans le monde sans pour autant être du monde. Jusqu’à la fin, elle vivra en tension entre ces deux données constitutives de son existence sur la terre.

« Vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde » dit Jésus à ses disciples ; et, même si cette parole est dure à entendre, il ajoute : « « c’est pour cette raison que le monde vous hait » car « si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien » (Jean 15, 19). Il est naturel d’aimer ce qui nous ressemble. Comme nous ne ressemblons pas au monde, en tant que ce monde tente de s’édifier et de s’organiser sans Dieu, le monde voit en nous des empêcheurs de tourner en rond et il a une réaction de rejet, au sens chirurgical du terme : « nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut » écrit saint Paul (1 Corinthiens 4, 13). C’est pour cette raison que Jésus nous met en garde : « Malheur à vous lorsque tous les hommes diront du bien de vous : c’est ainsi en effet que leurs pères traitaient les faux prophètes » (Luc 6, 26).

Il  reste que la présence des chrétiens dans le monde est une question de vie ou de mort pour le monde. Nous voulons tous « sauver la planète », mais nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord pour en payer le prix. Dieu, lui, a voulu sauver le monde, et il n’a pas hésité à en payer le prix en donnant « son Fils unique » (Jean 3, 16). Nous ne pouvons donc nous comprendre nous-mêmes autrement que comme donnés au monde avec le Fils unique. C’est le sens de la prière de Jésus à son Père : « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais » (Jean 17, 15).

Comment des institutions chrétiennes peuvent-elles vivre cette tension de manière féconde en restant le levain dans la pâte sans se laisser éroder par la pensée du monde ? L’exemple de l’école catholique est très instructif à cet égard. Aussi longtemps que nos écoles ont été prises en charge par des communautés religieuses, dont les membres acceptaient une vie matérielle misérable et tout entière consacrée à Dieu et à l’éducation de la jeunesse, ces écoles sont restées catholiques. Depuis que les congrégations disparaissent les unes après les autres, ne conservant dans le meilleur des cas qu’une vague tutelle administrative sur les écoles dont elles avaient la charge, il est devenu beaucoup plus difficile de faire vivre le « caractère propre » de ces écoles. En disant cela, je ne mets en cause la bonne volonté de personne. Je constate simplement qu’aucune institution chrétienne ne peut résister à sa sécularisation s’il n’y a pas en son sein des vies entièrement données à Dieu.

En cette fête de la vie consacrée, ce peut être pour nous tous un sujet de méditation : que doivent être nos vies pour que l’Église soit l’Église ?