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Diocèse de Blois

Chronique du 22 septembre 2017

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L’ÉGLISE ET LES MIGRANTS, 3 : Demandeurs d’asile et migrants économiques

Depuis quinze jours, j’essaie de réfléchir avec vous sur la question des migrants et sur les déclarations du Pape François cet été. Après avoir rappelé l’ampleur du phénomène, j’ai, la semaine dernière, développé la distinction entre droits et devoirs et souligné que si les droits sont toujours relatifs, les devoirs, eux, sont absolus car ils relèvent de la charité. Dans l’ordre de la charité, personne n’est jamais quitte.

Le devoir d’accueil est donc sans limites, à condition, avons-nous dit, que les personnes qui demandent à être accueillies ne puissent pas faire autrement. Il en est ainsi lorsque, dans leur pays d’origine, elles sont menacées de mort par la famine ou par la persécution, non lorsqu’elles recherchent simplement des conditions de vie plus confortables. Et parmi les devoirs des pays développés, il y a certes celui d’accueillir en urgence, mais aussi celui d’aider les pays en voie de développement à créer les conditions d’une vie et d’un travail décents qui aideront leurs ressortissants à ne plus envisager de partir – autrement dit, partout où c’est possible, d’agir sur les causes du phénomène migratoire.

La distinction entre demandeurs d’asile et immigrants économiques est donc un élément central du discernement, à condition de l’appliquer avec intelligence. La plupart des demandeurs d’asile peuvent se réclamer du droit d’être accueillis, mais ce droit peut cesser d’exister si le contexte politique ou religieux qui les a contraints à l’exil évolue en leur faveur. Beaucoup d’immigrants économiques peuvent se voir refuser leur demande d’accueil, mais pour certains l’émigration est une question de vie ou de mort pour eux et leurs familles.

Qu’a donc fait le Pape François cet été ? Il a secoué une opinion publique endormie, et qui s’accoutume très vite aux bulletins d’information annonçant des noyades en Méditerranée. Dénoncer un scandale appelle une parole prophétique, mais demande des précisions ultérieures, celles qu’il a données à son retour de Colombie. Ce qui veut dire que la parole de l’Église, y compris à son plus haut niveau, demande à être interprétée en fonction des circonstances qui l’ont suscitée : la semaine prochaine, nous essaierons de dégager des critères pour ce travail d’interprétation et de contextualisation.