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Diocèse de Blois

Chronique du 29 septembre 2017

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L’ÉGLISE ET LES MIGRANTS, 4 : La thèse et l’hypothèse

 

Nous concluons aujourd’hui nos réflexions sur la question de l’accueil des migrants en essayant de mesurer le degré d’autorité de la parole de l’Église dans ce domaine et sur les questions sociales en général.

La doctrine sociale de l’Église est une application pastorale de quelque chose de beaucoup plus large : les principes permanents de la théologie morale et, en l’occurrence, tout ce qui découle du précepte « tu aimeras ton prochain comme toi-même » : la vie en société, la nature politique de l’homme, le bien commun…

Mais cette application pastorale porte sur des domaines par définition très variés et très changeants. Autant les principes sont limpides, autant leur application à des situations données nécessite ce qu’on appelle des « jugements prudentiels ». Cette expression indique qu’on met en œuvre la vertu de prudence, qui dispose la raison « à discerner en toutes circonstances notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir » (Catéchisme de l’Église catholique, 1806). Les jugements prudentiels cherchent donc à « appliquer les principes moraux aux cas particuliers » (id.).

Quand le Magistère de l’Église rappelle les exigences morales qui découlent de la nature de l’homme et de sa vocation, il énonce ce qu’en théologie on appelle « la thèse ». Mais sachant que ces exigences ne peuvent s’accomplir en plénitude dans notre situation historique marquée par le péché, le Magistère énonce parallèlement ce qu’en théologie on appelle « l’hypothèse » : le « meilleur possible » (et non le « moindre mal » !) correspondant à une situation historique donnée, dans son infinie complexité. Et dans cet exercice prudentiel, l’Église se garde bien de parler de manière dogmatique, car elle sait que nous ne pouvons avoir qu’une connaissance limitée et précaire d’un ordre social dont nous sommes contemporains. Seules les idéologies s’imaginent avoir une vision globale de l’histoire.

Appliquée à la question des migrations, cette distinction entre la thèse et l’hypothèse oblige tout catholique à entendre le rappel du commandement de l’amour du prochain qui entraîne une solidarité concrète envers les hommes et les femmes contraints d’émigrer dans nos pays. Mais elle n’oblige pas à suivre le Pape ou les évêques dans toutes les conséquences qu’ils en tirent dans l’ordre prudentiel : c’est à chacun d’exercer pour son compte la vertu de prudence en fonction de la situation concrète où il se trouve.

Mais en vertu même de cette distinction entre la thèse et l’hypothèse, il semble qu’il faille appeler de nos vœux un enseignement proprement magistériel (une encyclique par exemple) qui soit un développement des principes de fond que met en œuvre l’Église catholique devant ce drame humain : ce que le Pape François nous réserve peut-être.