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Diocèse de Blois

Chronique du 3 juin 2017

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LES JUSTES DES JUSTES

« On voudrait que nous soyons les justes des justes ! Ce qui est pardonné aux autres peuples n’est pas pardonné à Israël ! » Cette réflexion en forme de protestation d’un haut fonctionnaire israélien m’a beaucoup donné à penser autrefois. C’était en 1982, au cours d’un de mes premiers pèlerinages  en Terre Sainte, suivis depuis d’une multitude d’autres. L’opinion internationale traumatisée venait de condamner sans appel – et non sans raison – le massacre de Sabra et Chatila, perpétré au Liban avec la complicité de Tsahal, l’armée israélienne.

Pourquoi, en effet, les Juifs devraient-ils être « les justes des justes », et n’avoir pas le droit de se comporter « comme les autres nations » (1 Samuel 8, 5) ? Tout simplement parce qu’Israël n’est pas une nation, mais le peuple que Dieu a choisi pour qu’y habite son Nom et qu’y resplendisse sa sainteté. Ainsi, tout crime commis par Israël a une portée plus grande, et les « nations » ne s’y trompent pas, même si leur exigence à l’égard d’Israël est perçue comme injuste par Israël lui-même : le Peuple saint se trouve pris au piège d’une singularité qu’il a lui-même revendiquée au milieu des nations.

Les exigences de la mise à part sont aujourd’hui exacerbées par une humanité qui, dans sa passion de l’égalité, ne tolère la singularité qu’à condition qu’elle soit irréprochable. On pourrait même dire que, ne la tolérant pas, elle prend prétexte du moindre faux pas pour la remettre en cause au nom de la vertu, alors même qu’elle sait bien ne pas pouvoir se passer d’elle : c’est ainsi que les hommes reconnaissent en creux leur besoin de figures spirituelles qui les haussent au-dessus de leurs propres comportements. Mais dès l’instant où ces figures spirituelles se révèlent faillibles le couperet tombe, et tout se passe alors comme si notre monde cherchait à se persuader lui-même que la pureté dont il sait pourtant avoir un besoin vital n’était qu’utopie, hypocrisie, mensonge. Voyez l’attitude de notre société à l’égard des prêtres coupables de crimes sexuels : pas de miséricorde à l’égard de ceux qui ont été appelés à une vie exemplaire pour être des ministres crédibles de la miséricorde. Il y a là à la fois un progrès salutaire dans l’exigence de cohérence morale, et en même temps l’aveu pathétique du pyromane qui crie au feu après avoir craqué l’allumette et vu se propager l’incendie.

Les discours actuels sur la « moralisation de la vie politique » sont de la même veine. Plus une société est corrompue, plus elle exige que les élus issus de ses rangs soient totalement différents d’elle. Il ne lui vient jamais à l’idée que le seul moyen d’avancer vers cet idéal serait sa propre conversion. Dans l’histoire des sociétés humaines, les politiques ont rarement été l’incarnation du Bien : comment le seraient-ils davantage dans un monde qui ne croit ni à Dieu ni à Diable, et pour qui les notions mêmes de bien et de mal sont des reliquats d’une époque antérieure à l’avènement de la post-vérité ? Ce ne sont pas des lois, si tatillonnes soient-elles, qui viendront à bout de ce mal : il y a des démons qui ne s’expulsent que par le jeûne et la prière (Matthieu 17, 21).