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Diocèse de Blois

Chronique du 8 décembre 2017

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CONSENSUELS ET MÉCONTEMPORAINS

Notre époque raffole des personnalités consensuelles : tel aristocrate mondain devenu académicien comme Jean d’Ormesson, tel chanteur Yéyé devenu l’incarnation de la génération des Trente Glorieuses comme Johnny Hallyday… Ce n’est pas la valeur personnelle de ces personnalités qui pose question, mais l’unanimisme des hommages qui leur sont rendus – un unanimisme qui en dit plus sur le monde présent et sur ses limites que sur le personnage lui-même.

Dans le miroir que nos contemporains nous tendent, nous voyons une image qui nous conforte ou nous met mal à l’aise – ou les deux à la fois. Au risque de les simplifier à l’excès, il est assez naturel que nous préférions voir en eux ce qui nous conforte : il était écrivain, mais il doutait comme moi ; il était chanteur vedette, mais il avait une vie tumultueuse comme la mienne… L’hommage consensuel s’arrête souvent là : sa vie était hors norme, mais il était comme moi.

À côté des consensuels, il y a ceux qui ont passé leur temps à prendre le contrepied de leur  époque, et dont la disparition arrache des propos convenus en public et un soupir de soulagement en privé. Leur existence a pu être non consensuelle par provocation, mais elle a pu l’être aussi par vocation : vocation à déranger, à être un « mécontemporain », ce terme génial inventé par Péguy. Nos contemporains manquent singulièrement de mécontemporains, ou alors ils les cachent avec soin pour que personne ne les voie.

Si l’on y regarde de près, on voit que toutes les grandes figures bibliques, sans exception, sont des figures de mécontemporains. Ils font pleinement partie de notre humanité, mais ils nous obligent à regarder en nous ce que nous ne voulons pas voir.

Ce qu’ils nous obligent à regarder n’est pas nécessairement négatif : cela peut être l’appel à une manière de vivre qui nous élève au-delà de nous-mêmes. C’est ce qui se passe avec Marie et son Immaculée Conception : je suis contraint de voir en elle ce à quoi je suis appelé, et qui m’interdit de m’accommoder de moi-même. En la regardant, je suis interdit de désespoir ou, ce qui revient au même, de résignation. La sainteté de Marie réveille en moi l’inconfort de l’espérance. Elle est la mécontemporaine de tous les temps, et c’est pourquoi, comme l’Église dont elle est la Mère, elle est toujours en avance sur son temps.