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Diocèse de Blois

Chronique du 8 décembre 2016

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UNE FEMME DONT ON N’A RIEN DIT

Ce jeudi, la carte de France de la pollution était vraiment déprimante. En vain, je m’étais imaginé jusque-là que les 200 kilomètres qui séparent Blois de Paris suffisaient pour nous mettre à l’abri. Hélas ! c’était toute la moitié nord de la France, jusqu’aux portes de la Bretagne, qui était dans le rouge. Et pas seulement la moitié nord : au sud-est, Lyon était effrayant à voir, au centre Clermont-Ferrand échappait de justesse, et dans nos régions Orléans et Tours étaient en pleine purée de pois.
Nos chères forêts de Sologne, du Perche, du Val de Loire, ne suffisaient pas à barrer la route aux redoutables particules fines et au non moins redoutable dioxyde d’azote.

À partir de là, je me suis mis à me demander comment elle avait pu échapper à cette forme de pollution métaphysique que nous appelons le péché originel. « Elle », c’est cette femme dont on n’a rien dit, si ce n’est qu’elle était fiancée et qu’un ange lui vint annoncer « te voilà entre toutes choisie », comme le chante un très beau chant à la Vierge Marie.

Le péché s’insinue dans l’humanité comme les particules fines dans l’atmosphère : vous aurez beau habiter au fin fond de la Sologne, ou sur les sommets des Alpes, vous n’y échapperez pas. Vous le respirerez à pleins poumons sans même vous en rendre compte. Avec lui, vous inhalerez la mort dont il est le vecteur le plus sûr. À tel point que vous ne l’appellerez même plus « péché », tant il vous semblera faire partie de la condition commune : vous n’en remarquerez qu’à peine les conséquences, que vous appellerez « le triste destin de l’humanité », ou quelque chose de semblable.

Cette « femme dont on n’a rien dit » n’a pas cherché à se protéger de la condition commune. Dieu l’y a arrachée par pure gratuité, par pur cadeau de sa miséricorde. Et pourquoi donc un tel privilège qui nous fait l’appeler « l’Immaculée Conception » ? Simplement pour préparer à son Fils une demeure digne de Lui et pour faire briller devant nos yeux l’espérance d’un salut d’autant plus incroyable qu’il ne correspond à aucune de nos expériences directes, immergés que nous sommes dans la condition pécheresse depuis le premier instant de notre vie.

J’aime contempler, dans la scène du couronnement de Marie si souvent représentée par les peintres, le Fils de Dieu couronnant sa propre Mère : cet hommage d’un fils à sa mère est en même temps une glorification du Père, puisque c’est Lui qui a voulu une telle mère pour son Fils.
Et c’est en même temps un formidable geste d’espérance, puisque le brouillard dans lequel nous respirons n’est ni notre condition originelle, ni notre demeure définitive – Dieu soit béni.