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« Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? »

On se souvient de la phrase de Jacques Chirac : « il n’y a rien au-dessus de la loi ».

Alors même que les lois sont souvent remises en question, il est nécessaire de se demander ce qui fonde leur légitimité, c’est-à-dire non seulement à quelles conditions elles obligent chacun, mais si l’on peut se contenter de leur obéir pour être quitte.

 

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Blois, le 17 juin 2016

 

La loi et la conscience
Chaque année, l’épreuve de philosophie de notre baccalauréat trouve un écho dans les media et suscite de l’intérêt dans l’opinion : on ne peut que s’en réjouir. Le fait que les élèves de toutes sections soient soumis à cette épreuve est lui aussi un beau signe : quelles que soient nos spécialisations, nous sommes tous concernés par les questions que pose la philosophie.


Les candidats issus de la filière technologique se sont vus proposer cette année un sujet particulièrement intéressant : « pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? » Alors même que les lois sont souvent remises en question, il est nécessaire de se demander ce qui fonde leur légitimité, c’est-à-dire non seulement à quelles conditions elles obligent chacun, mais si l’on peut se contenter de leur obéir pour être quitte.
Quitte envers quoi ? Je répondrai volontiers : envers notre conscience. Aucune loi humaine ne nous dispensera jamais de nous demander ce que, en conscience, nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire. Et nous nous poserons cette question non seulement parce que nous devons incarner une loi générale dans des cas particuliers, mais surtout parce que la justice des lois humaines n’est jamais qu’une justice partielle, et qu’il peut même y avoir des lois injustes, auxquelles, par le fait même, on est tenu de désobéir.


On se souvient de la phrase de Jacques Chirac : « il n’y a rien au-dessus de la loi ». Non seulement cette phrase fait bon marché de l’instance souveraine qu’est la conscience morale, mais elle consacre une posture philosophique omniprésente aujourd’hui dans le droit, que l’on appelle le positivisme juridique. Cette conception du droit considère que la loi n’a pas besoin d’un autre fondement qu’elle-même : elle est conventionnelle. Elle existe aujourd’hui sous une forme, mais elle pourra exister demain sous une forme différente, en fonction de l’évolution des mentalités et des sociétés : elle énoncera d’autres obligations, ou bien elle consacrera des droits plus étendus, mieux ajustés aux revendications individuelles, et elle gardera sa puissance coercitive sans avoir à se justifier autrement que par elle-même. Un tel système juridique, qui prétend consacrer un libéralisme de la pensée, court le risque paradoxal de devenir totalitaire, en ne reconnaissant à personne le droit d’en appeler à une instance supérieure aux lois qui régissent la société où il vit.


Ayant reçu la grâce de croire au Christ, nous savons qu’aucune loi humaine n’a son fondement en elle-même. Elle doit pouvoir s’appuyer sur la conscience morale universelle, c’est-à-dire sur la capacité donnée par Dieu à l’homme d’accéder à la vérité. Et nous-mêmes, dans notre manière d’observer les lois, nous sommes tenus de nous appuyer sur une justice qui n’est ni un concept ni un idéal, mais la personne même du Christ, lui qui nous dit : « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »