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Avez-vous remarqué que lorsque les media veulent désigner quelqu’un à la vindicte publique, ils lui trouvent souvent un qualificatif qui se termine par le suffixe « phobe » ?

Il semble que la crainte d’être contaminés par cette nouvelle maladie honteuse qu’est l’europhobie envahisse l’Église elle-même

 

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                                                                                                     Blois, le 26 février 2016

 « europhobes contre égophobes ? »

Avez-vous remarqué que lorsque les media veulent désigner quelqu’un à la vindicte publique, ils lui trouvent souvent un qualificatif qui se termine par le suffixe « phobe » ? À partir de moment où cette épithète lui est attribuée, le malheureux sait que son compte est bon : tel le pestiféré de l’évangile, il est devenu infréquentable.

Un nouveau qualificatif de ce genre commence à se répandre. Depuis quelque temps, quand on parle de quelqu’un qui émet des réserves au sujet de ce qu’on appelle la « construction européenne », on ne dit plus « eurosceptique », qui sonne sans doute un peu trop « soft », on dit « europhobe ». Le gouvernement polonais est « europhobe », les agriculteurs sont « europhobes », et vous-mêmes, qui m’écoutez, vous êtes peut-être « europhobes » sans le savoir.

Il semble que la crainte d’être contaminés par cette nouvelle maladie honteuse qu’est l’europhobie envahisse l’Église elle-même. Récemment, on faisait état de dissensions entre la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) et le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE). Les raisons données sont un peu étranges.

« Depuis un moment, nous dit-on, nous sentions un certain malentendu, notamment dans l’Est de l’Europe, autour de la culture européenne ». Mais d’autre part, confie un observateur, « on n’a jamais voulu réfléchir à ce que cela veut dire être européen ». Si je comprends bien, cela signifie qu’on n’est pas d’accord sur la culture européenne, mais qu’on n’a jamais voulu prendre le temps de se demander ensemble ce que c’était.

À moins que certains n’hésitent à lancer cette réflexion, de peur qu’on n’y soulève la question du rôle de la foi chrétienne dans cette fameuse culture européenne et qu’on finisse par s’écharper sur le sujet ? Quand on entend une personnalité chrétienne bien connue expliquer que la vision des uns est « plus identitaire » que celle des autres, on pressent que c’est peut-être là que réside le problème. « Identitaire » veut dire, je crois, quelque chose comme arc-bouté sur soi-même et ne voulant pas en démordre : la maladie contraire pourrait être l’hostilité à soi-même, la haine de soi dont nos sociétés européennes se sont fait une spécialité, en un mot l’« égophobie »…

Europhobes contre égophobes, voilà de la bagarre en perspective… Mais peut-être qu’au lieu de se livrer en interne ce genre de combat, notre Église ferait mieux de se demander, dans ce cas comme dans d’autres, quel trésor son Seigneur lui a confié pour le monde. C’est grâce à elle que la bonne nouvelle de l’Évangile a marqué en profondeur nos cultures européennes. Il vaut la peine de leur rappeler qu’elle reste leur bien le plus précieux.