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Depuis quelque temps, le débat sur le drame de la pédophilie est vif, parfois violent, et l’Église catholique est au banc des accusés.

Pour beaucoup de gens, la cause est entendue : si des prêtres ont commis des actes pédophiles, c’est parce que l’Église leur a imposé le célibat, et qu’il a bien fallu qu’ils compensent leur frustration : ils se sont attaqués aux proies les plus faciles qui passaient à leur portée, à savoir les enfants, et, de célibataires contraints, ils sont devenus pédophiles.

 

 Blois, le 15 avril 2016

 

Pédophilie et célibat

Depuis quelque temps, le débat sur le drame de la pédophilie est vif, parfois violent, et l’Église catholique est au banc des accusés. Je voudrais m’arrêter quelques instants sur un point à propos duquel on entend beaucoup d’affirmations péremptoires : le célibat des prêtres.

Pour beaucoup de gens, la cause est entendue : si des prêtres ont commis des actes pédophiles, c’est parce que l’Église leur a imposé le célibat, et qu’il a bien fallu qu’ils compensent leur frustration : ils se sont attaqués aux proies les plus faciles qui passaient à leur portée, à savoir les enfants, et, de célibataires contraints, ils sont devenus pédophiles.
Ce qui est grave, ce n’est pas seulement qu’une partie de l’opinion accepte ce semblant de raisonnement comme une évidence. C’est que rien ne soit fait, ni dans les media ni dans la société, pour en dénoncer l’absurdité. On en viendrait presque à se demander si certains n’ont pas intérêt à laisser se développer ce préjugé, pour ne pas dire ce mensonge qui fait de l’Église catholique une usine à fabriquer des pervers sexuels.

Je me contenterai ici de rappeler deux éléments. Le premier est statistique. Chacun sait que, selon les statistiques les plus officielles, 72% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs sont des membres de la famille, dont 32,3% sont les propres pères de ces enfants, un pourcentage à peu près équivalent se répartissant entre beaux-pères et concubins. Que nous rappellent ces statistiques sordides ? Qu’il n’y a pas de lien de cause à effet entre l’abstinence sexuelle et la pédophilie, alors qu’il y en a un, dans la plupart des cas, avec l’autorité dont est revêtu un adulte, que cette autorité soit spirituelle, éducative ou familiale. Il est donc clair qu’on laisse croire, pour des raisons qu’il ne m’appartient pas d’élucider, qu’une catégorie précise de personnes ayant autorité, en l’occurrence les prêtres, est responsable pour l’essentiel des crimes pédophiles, et qu’elle l’est à cause du mode de vie qu’elle a choisi.

Venons-en maintenant au choix de ce mode de vie. Il est de bon ton de dire que l’Église impose le célibat à ses prêtres, comme si elle les choisissait d’abord comme prêtres, pour leur expliquer ensuite qu’en contrepartie ils ne pourront pas se marier. Or, ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Dans l’Église d’Occident, le choix du célibat est premier, exactement comme pour les moines ; et c’est parmi des personnes qui considèrent avoir reçu cet appel de Dieu au don radical d’eux-mêmes, incluant le renoncement à fonder une famille, que l’Église choisit ses prêtres.
Dans le discernement de cet appel l’Église peut se tromper, et le candidat aussi : exactement comme un homme ou une femme peuvent s’illusionner en se promettant fidélité pour toute la vie. Mais cela ne retire rien à l’exigence de pure honnêteté consistant à distinguer la pédophilie, qui est une maladie, du célibat pour le royaume des cieux, qui est un don de Dieu. Dans une époque comme la nôtre, le choix d’une vie chaste remet en question bien des idées reçues sur l’innocuité de la permissivité sexuelle, de même que le choix d’une vie pauvre remet en question l’idolâtrie de l’argent. Avant de jeter un regard suspicieux sur ces hommes qui ont choisi une vie chaste et pauvre, il conviendrait de ne pas oublier que leurs vies sont d’abord des vies données.