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En ce moment, on reparle beaucoup des frontières. Ceux qui fuient la guerre ou la persécution qui sévissent dans leurs pays vont avoir de plus en plus de mal à les franchir.

On ne peut que  souhaiter que ces contrôles renforcés ne se fassent pas au détriment de ceux qui n’ont pas d’autre ressource que de se tourner vers nos pays pour leur demander l'hospitalité.

                                                                                           

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                                                                                                                               Blois, le 19 février 2016

« Abolir les frontières ? »

En ce moment, on reparle beaucoup des frontières. Ceux qui fuient la guerre ou la persécution qui sévissent dans leurs pays vont avoir de plus en plus de mal à les franchir : les États européens, Allemagne comprise, se mettent les uns après les autres à prendre des dispositions dans ce sens. Et le mouvement n’est pas près de s’inverser.

On ne peut que  souhaiter que ces contrôles renforcés ne se fassent pas au détriment de ceux qui n’ont pas d’autre ressource que de se tourner vers nos pays pour leur demander l’hospitalité. Il est écrit au livre du Lévitique : « L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte » (Lv 19, 34). On ne saurait être plus clair.

En même temps cependant, ce qui se passe sous nos yeux nous invite à réfléchir à frais nouveaux à la signification des frontières. Nous venons d’une époque qui a vécu comme une grande libération la chute des murs et la relativisation des différences entre les personnes, les modes de vie et les cultures. Cela valait aussi sur le plan du permis et du défendu : le slogan « no limits » a marqué toute une génération qu’on qualifie, pour faire court, de post soixante-huitarde.
Il reste que le phénomène dit du  « village planétaire » n’a pas produit les résultats qu’on en attendait. Rendues évanescentes aux confins de nos nations, les frontières n’en réapparaissent que plus fortement à l’intérieur, et cela dans tous les domaines : social, culturel, religieux. Comme l’écrit très justement Régis Debray, « les intégrismes religieux sont les maladies de peau du monde global où les cultures sont à touche-touche ». Et nos démocraties découvrent soudain avec effarement que les ennemis qui les menacent ne sont plus de l’autre côté de leurs frontières, mais au sein même de leurs communautés politiques et de leurs ensembles urbains.

Cela veut-il dire qu’il nous faut, pour espérer un avenir, nous claquemurer derrière des barbelés infranchissables ? Pas le moins du monde. Mais cela veut peut-être dire qu’il nous faut d’urgence reprendre le temps de nous demander qui nous sommes, pour avoir quelque chance de pouvoir dire à ceux qui viennent à notre rencontre quelle histoire et quel projet nous leur proposons de partager avec nous.