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Garder le but au football, ou garder l’enfant à naître ? L’anglais to keep joue sur les deux tableaux, comme le film Keeper de Guillaume Senez – un film très maîtrisé qui évoque par bien des aspects le style des frères Dardenne

Quelle étrange chose qu’un film dans lequel toute référence à Dieu est absente puisse nous mettre à ce point en proximité avec le mystère de Pâques.
 

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                                                                                                                     Blois, le 1er avril 2016

« Keeper »
Garder le but au football, ou garder l’enfant à naître ? L’anglais to keep joue sur les deux tableaux, comme le film Keeper de Guillaume Senez – un film très maîtrisé qui évoque par bien des aspects le style des frères Dardenne. Les héros sont deux adolescents de 15 ans, Mélanie et Maxime, ce dernier rêvant de devenir footballeur professionnel. Ils s’aiment, avec fougue et insouciance, et Mélanie se retrouve enceinte : une histoire tragiquement banale qui nous fait découvrir en Mélanie et Maxime deux enfants, louvoyant sans cesse entre l’affolement et le déni, jusqu’à ce qu’arrive le troisième mois de la grossesse et qu’ils soient contraints d’en parler à leurs parents.

Deux enfants qui « n’ont pas besoin de leçons de morale, mais d’écoute », écrit niaisement un critique. On pourra penser qu’ils auraient surtout besoin d’avoir en face d’eux des adultes qui les aident à décrypter la signification de ce mystérieux décalage entre la capacité physique de faire l’amour et de procréer, et la capacité de s’engager l’un envers l’autre de manière irréversible – aussi irréversible qu’est la venue au monde d’un nouvel être humain, qu’il s’agit d’assumer jusqu’au bout.

Ce que le film met remarquablement en scène, c’est la faillite des adultes dans leur mission éducative. La figure la plus pathétique est celle de la mère de Mélanie, qui ne voit pas d’autre issue pour sa fille que l’avortement, et qui traîne elle-même le traumatisme de cet acte sans vouloir s’avouer à quel point il l’a profondément blessée. Les parents de Maxime, séparés, tentent pour leur part de respecter la volonté (si vacillante pourtant) des deux enfants, d’accueillir et d’entourer Mélanie, mais c’est finalement la logique de la démission qui l’emportera, laissant les deux jeunes dans le désarroi d’un monde qui se refuse obstinément à leur donner les repères dont ils ont pourtant un si grand besoin.

La force de Keeper réside dans le fait qu’il ne cherche à rien démontrer. Mais elle réside aussi dans de jeunes acteurs étonnants, qui vivent leur personnage avec une vérité extraordinaire. Du coup, le grand mystère de la venue d’un autre, de cette vie nouvelle qui grandit et palpite, se manifeste crûment devant nos yeux – la scène de l’échographie est bouleversante, la scène conclusive aussi – et l’on se dit que, décidément, la vie sera toujours plus grande que les forces de la mort.
Quelle étrange chose qu’un film dans lequel toute référence à Dieu est absente puisse nous mettre à ce point en proximité avec le mystère de Pâques.