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Le temps pascal n’est-il pas fait pour demander l’impossible ?

Dans la course aux votes où s’engagent maintenant nos politiques, souhaitons qu'ils cessent de se raconter des histoires et de mentir à leurs électeurs.

 

 

Blois, le 8 avril 2016

 

Politique et vérité

« Un président de la République ne doit jamais être sous-estimé », a déclaré Jean-Pierre Raffarin le 31 mars à RCF. Il voulait dire que l’actuel président, du seul fait qu’il était en fonction, n’était pas disqualifié pour la prochaine présidentielle. Il ne faisait pas allusion aux qualités intrinsèques de la personne, mais seulement au poids de la fonction dans l’esprit des électeurs.


En revanche, on ne risque guère de sous-estimer la pertinence du jugement de monsieur Raffarin lui-même quand il se mêle de parler des salafistes. Selon lui, en effet, « les salafistes sont dans une logique d’utilisation de la religion pour un projet politique de déconstruction, [mais] cette idéologie n’a pas la religion comme objectif mais comme moyen ».
Ainsi donc, s’il faut en croire monsieur Raffarin, les salafistes se serviraient de la religion pour arriver au pouvoir, mais, une fois parvenus à leurs fins (ce qu’à Dieu ne plaise), ils n’auraient rien de plus pressé que de la jeter aux poubelles de l’Histoire ? Voilà à quel genre de calembredaines en arrivent les politiques quand ils sont morts de peur à l’idée qu’on pourrait les accuser d’insinuer seulement que le salafisme a quelque chose à voir avec la religion que professent les salafistes. Il se trouve, n’en déplaise à monsieur Raffarin et à son candidat préféré monsieur Juppé, que si tous les musulmans ne sont pas salafistes, tous les salafistes sont musulmans, et même qu’ils sont persuadés d’être les seuls à être de véritables musulmans.


Comme le déclare le cinéaste Luc Dardenne dans une récente et très remarquable tribune, que les responsables musulmans délivrent un discours de paix et signent des manifestes avec les représentants des autres religions est une bonne chose, mais on aimerait qu’ils « appellent à un rassemblement » : si des centaines de milliers de musulmans défilaient dans la rue pour clamer leur refus de l’appropriation de leur religion par les salafistes, ce serait un geste très fort qui ressouderait nos sociétés. Et Luc Dardenne ajoute : « La rengaine qui répète qu’on ne peut rien demander aux musulmans parce qu’ils sont tellement stigmatisés, les place en permanence dans une situation de victimes, de minorité incapable de penser par elle-même, figée dans une situation d’ex-colonisés. »


Il reste à souhaiter que dans la course aux votes où s’engagent maintenant nos politiques, ils cessent de se raconter des histoires et de mentir à leurs électeurs. Impossible, me direz-vous. Mais le temps pascal n’est-il pas fait pour demander l’impossible ?