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Le vent de panique déclenché par la nouvelle du Brexit n’est pas seulement économique ou politique. Je crois qu’il a aussi une dimension métaphysique...

Sans cesse les hommes ambitionnent, non seulement de comprendre l’Histoire, mais de la maîtriser jusqu’à créer de l’irréversible

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                                                                                                             Blois, le 24 juin 2016 

 Brexit
Le vent de panique déclenché par la nouvelle du Brexit n’est pas seulement économique ou politique. Je crois qu’il a aussi une dimension métaphysique : le désarroi éprouvé devant cette nouvelle, que les statisticiens avaient tenté de conjurer jusqu’au dernier moment, pourrait être une conséquence du vieux fantasme qui consiste à se croire capable de maîtriser l’Histoire.

Jadis, l’Histoire apparaissait totalement liée aux personnalités marquantes qui étaient censées la « faire », comme on dit parfois. On datait les événements à partir de l’accession au trône du souverain régnant, comme si son avènement marquait un commencement absolu et pouvait servir de repère pour tout ce qui surviendrait après lui : « en telle année du règne de tel souverain ». Mais la grande leçon du récit biblique, c’est que Dieu seul, et non un chef militaire, est le maître de l’Histoire : « En la quinzième année du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le pontificat d’Anne et de Caïphe, une parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. » C’est ainsi que commence dans l’évangile de Luc le récit de la vie publique de Jésus : les vacations humaines poursuivent leur chemin, et se révèlent ignorantes de ce qui est vraiment important – l’événement suscité par Dieu pour changer à jamais la face du monde.

À la différence des Anciens, les siècles de chrétienté ont eu conscience que l’Histoire était tissée de l’initiative divine et des actions humaines. Chaque année était dite « an de grâce » ; et l’histoire de notre pays était baptisée, un peu vite sans doute, gesta Dei per Francos, les actions divines réalisées par les Francs.

Puis sont venus les prodromes des grandes idéologies du siècle dernier. Elles commencèrent par la prétention démesurée d’une philosophie de l’Histoire, dont Hegel reste le représentant le plus fameux. À défaut de maîtriser l’histoire, il s’agissait d’en comprendre les ressorts secrets, les mécanismes inéluctables : c’est ainsi que l’idéologie marxiste, enfant monstrueux de l’hégélianisme, lui-même apparenté aux millénarismes des siècles antérieurs, a cru pouvoir saisir la marche de l’Histoire et, de gré ou de force, accélérer sa fin.

Nous constatons, en ce début de siècle, que nous ne sommes pas totalement guéris de cette illusion prométhéenne. Sans cesse les hommes ambitionnent, non seulement de comprendre l’Histoire, mais de la maîtriser jusqu’à créer de l’irréversible. Quand nous nous rendons compte, ne serait-ce qu’a l’occasion du Brexit, que l’irréversible n’existe pas, nous sommes complètement pris de court. Cela nous humilie, certes… Mais au fond, apprendre que l’histoire n’est jamais irréversible, ne serait-ce pas aussi une bonne nouvelle ?