Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

s'inscrire à la newsletters'inscrire à la newsletter

 
Document Actions

Les mouvements sociaux de ces derniers jours en France ont un peu occulté le débat sur le « TAFTA », c’est-à-dire le projet de traité de libre-échange transatlantique de Barack Obama.

 L’Église qui célèbre l’eucharistie est une protestation vivante contre la mondialisation aveugle qui lamine tout sur son passage

écouter sur RCF 41

                                                                                                                            Blois, le 29 avril 2016

La mondialisation, une fausse catholicité
Les mouvements sociaux de ces derniers jours en France ont un peu occulté le débat sur le « TAFTA », c’est-à-dire le projet de traité de libre-échange transatlantique de Barack Obama. S’il était approuvé par l’Union européenne, ce traité serait la consécration du « village planétaire », c’est-à-dire, en fait, du nivellement libre-échangiste des pays riches, aux dépens des pays de l’hémisphère sud et à la remorque des Etats-Unis.

Souvent présentée comme un remède au repliement sur eux-mêmes des États-nations, la mondialisation est en réalité, selon les termes du théologien William Cavanaugh, « une hyper-extension à la fois de l’État et de sa souveraineté sur les individus, qui constitue la phase finale de l’absorption du local par l’universel » (Eucharistie-mondialisation, tr. fr. Ad Solem 2008, p. 95).
De ce point de vue, elle n’est pas si loin de la visée marxiste, avec cette grande différence que son efficacité est bien plus redoutable, car elle s’appuie sur la séduction du consumérisme pour homogénéiser les modes de pensée et de comportement.

La catholicité de l’Église est tout aussi opposée à cette vision du monde qu’elle l’était au totalitarisme marxiste, même si la plupart des catholiques n’en ont pas encore pris conscience, à la différence des Papes qui depuis Jean-Paul II dénoncent avec vigueur cette mondialisation hégémonique où « les hommes sont en apparence contemporains les uns des autres » et où « le pouvoir universel du mercantilisme s’impose partout et uniformise tout » (op. cit., pp. 102-103).

Contrairement à ce qu’on croit souvent, l’adjectif « catholique » ne veut pas dire simplement « universel ». En un sens, il veut même dire le contraire. En effet, alors que le mot « universel » suggère un mouvement d’expansion, le mot « catholique », qu’on pourrait traduire « selon la totalité », indique plutôt un mouvement de concentration. Il suggère, écrit Henri de Lubac, « une réalité non pas dispersée, mais tournée vers un centre qui en assure l’unité ».

Quel est ce centre ? On peut dire que c’est l’eucharistie, qui, partout où elle est célébrée, rassemble ce qui est dispersé et fait l’unité de ce qu’elle rassemble. Avant d’être une communauté, reconnaissable à des traditions culturelles, vestimentaires ou alimentaires, l’Église est une communion. C’est pourquoi des hommes de toutes races, peuples et langues peuvent être rassemblés en elle sans avoir  rien à renier de leurs traditions et de leurs cultures.

Aucune Église locale – aucun diocèse – ne forme une « circonscription administrative », une subdivision de l’ensemble de l’Église. L’Église locale est une concentration du tout, et c’est toute l’Église qui est présente en elle : de même que le Corps eucharistique du Christ est tout entier présent dans chaque parcelle de pain consacré, de même, là où l’eucharistie est célébrée, c’est le Corps de l’Église tout entier qui est présent.

C’est pourquoi l’Église qui célèbre l’eucharistie est une protestation vivante contre la mondialisation aveugle qui lamine tout sur son passage, engendrant un type d’humanité réputé « sans frontières », un univers dans lequel chacun se croit libre de tout faire, mais où, étrangement, tout le monde fait la même chose. Le « village planétaire » qui s’habille identiquement, consomme la même nourriture au fast food, et surtout pense, parle et agit partout de la même manière, est radicalement remis en question par l’eucharistie qui atteint l’universel en s’enracinant dans ce qu’il y a de plus particulier et de plus humble.