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Quelque part dans un monastère, des religieuses chantent l’office du temps de l’Avent. Elles sont concentrées sur leur prière, même si une inquiétude indéfinissable a l’air de passer sur leur groupe

Mais soudain, venus d’un lieu proche, des cris déchirants retentissent… On devine alors que, derrière les apparences d’une vie hors du monde qu’on cherche à tout prix à sauvegarder, un drame terrible est en train de se jouer.                                                                                                                     

 

                                                                                                                                      Blois, le 4 mars 2016

 « Sauver l’honneur ? »

Quelque part dans un monastère, des religieuses chantent l’office du temps de l’Avent. Elles sont concentrées sur leur prière, même si une inquiétude indéfinissable a l’air de passer sur leur groupe… Mais soudain, venus d’un lieu proche, des cris déchirants retentissent… On devine alors que, derrière les apparences d’une vie hors du monde qu’on cherche à tout prix à sauvegarder, un drame terrible est en train de se jouer.

Je viens de vous raconter le début de l’excellent film Les Innocentes, tourné à partir d’événements réels qui se sont produits en Pologne en 1945. Alors que les religieuses de sa communauté ont été violées par des soldats russes, la Mère abbesse réagit en essayant de « couvrir » l’affaire, alors même que sept de ses sœurs, enceintes à la suite de ces violences, sont sur le point d’accoucher.

Mon but n’est pas de vous raconter le film, mais de réfléchir avec vous sur un point : comme elle le confesse dans la scène finale, la Mère abbesse a mis l’honneur – une valeur humaine au demeurant très noble – au-dessus de la charité. Les conséquences en seront funestes : rien de moins que la mort d’une de ses sœurs et celle de plusieurs enfants nouveau-nés.

Ces choses-là peuvent survenir dans la vie de l’Église, et aboutir à de terribles contre-témoignages. Un autre film récent, Spotlight, nous invite à faire un constat analogue à propos des scandales de pédophilie dans le diocèse de Boston. Je n’ai pas vu ce film, mais je sais que le reproche fait à l’Église y est le même : c’est de placer des motivations humaines, même très honorables, au-dessus de la charité et de la vérité. Il ne s’agit pas seulement, comme on le dit souvent, d’un réflexe de protection d’une institution : je crois que le mobile profond des silences sur les scandales dans l’Église est vraiment de sauver l’honneur, comme voulait le faire la Mère abbesse dans le film Les Innocentes. Mais ce souci de sauver l’honneur n’excuse rien : car c’est une perversion du sens moral que de mettre l’honneur au-dessus de la vérité.

Vouloir sauver l’honneur en cachant le déshonneur, qu’il ait été subi ou causé, c’est pécher contre la vérité, et, par le fait même, contre la charité. « Je suis né, je suis venu dans le monde, dit le Seigneur devant Pilate, pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » (Jn 18, 37). Savez-vous quel est le sous-titre du film Spotlight ? Le voici, il est tiré de l’évangile de Jean : « la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32).