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Si vous avez déjà perdu un être cher, peut-être avez-vous fait cette expérience étrange de voir le temps s’arrêter tout à coup.

Il en va de même dans l’intervalle entre le Vendredi Saint et le jour de Pâques. On bouge, on s’affaire, on prépare la célébration du soir, et pourtant rien n’y fait : le temps s’est arrêté.

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                                                                                                Blois, le 25 mars 2016

« Du Vendredi Saint à l’aube pascale »

Si vous avez déjà perdu un être cher, peut-être avez-vous fait cette expérience étrange de voir le temps s’arrêter tout à coup. Quand un deuil nous frappe, les démarches qu’il faut faire, les inévitables préparatifs, tout cela ne retire rien au fait que la marche du temps apparaît comme suspendue. Une explication possible est que, souvent, on interrompt pour quelques jours ses activités professionnelles habituelles, mais cette explication ne suffit pas à rendre compte de ce suspens. Autrefois, on le soulignait plus fortement encore en arrêtant pour quelques jours le battant de l’horloge de la maison.
Il en va de même dans l’intervalle entre le Vendredi Saint et le jour de Pâques. On bouge, on s’affaire, on prépare la célébration du soir, et pourtant rien n’y fait : le temps s’est arrêté. En tout cas, il ne se déroule plus comme d’habitude : il se traîne, alors même que nous avons hâte d’en sortir. Le carême et le temps de la passion n’en finissent plus d’en finir, alors que brillent déjà les lumières du sabbat.

Lorsque les funérailles sont achevées, quelque chose va favoriser le retour à la normale. C’est le déjeuner ou le buffet quasi obligatoire pour éviter que les parents et amis venus de loin repartent le ventre vide. Là, les conversations reprennent, d’abord feutrées, puis plus détendues. L’un ou l’autre se risque même à raconter quelque histoire moins grave. Décidément, la vie reprend ses droits – car il faut bien tenter de vivre.

Les apparitions pascales du Christ ressuscité font irruption au milieu de ce processus. On devine les apôtres, d’abord anéantis par la disparition du Maître, partagés ensuite entre le désir d’observer un temps décent d’inactivité, et le désir de revenir à une vie normale. Une vie sans espérance, certes, mais une vie normale. « Je m’en vais à la pêche », dira Pierre en Jean 21 ; « nous allons avec toi » lui répondront les six autres… Et c’est là, au lever du jour, que Quelqu’un paraîtra sur le rivage, interrompant pour toujours ce processus de retour à l’ordinaire de la vie et à une vie ordinaire.
Il y a un autre phénomène étrange qui mérite d’être relevé à la fin de la Semaine Sainte. Sitôt qu’est célébrée la vigile pascale, les jours de la passion nous apparaissent loin, très loin dans l’espace et dans le temps. J’ai toujours pensé qu’il en serait ainsi quand nous arriverions au Ciel : les épreuves et les drames de cette vie nous apparaîtront loin, très loin, à une distance infinie de l’éternel présent qui sera devenu le nôtre. Ces drames et ces épreuves, nous ne les aurons pas oubliés. Mais, comme les plaies du Ressuscité, ils seront devenus les fissures de la gloire.

Décidément, le temps n’est pas ce que nous indiquent nos montres et nos horloges, avec une précision de plus en plus infaillible. Il ne consiste pas en cette succession linéaire d’instants toujours identiques et indéfiniment répétés. Le temps vécu peut être beaucoup plus long, comme il peut être beaucoup plus court que celui que nous mesurons. « Amour, pour te dire, écrivait André Frossard, l’éternité sera courte ».