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Un pays est comme une personne : il peut s’ennuyer. Pas seulement d’un ennui banal, mais d’un ennui métaphysique.

 Un ennui qui fait naître cette forme de vertige que ressent, au bord d’un gouffre, celui qui s’éprouve à la fois saisi d’épouvante et attiré par le vide comme par l’œil du serpent.

 

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                                                                                                                        Blois le 9 septembre 2016
QUAND LA FRANCE S’ENNUYAIT

« Sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. »

Ainsi s’exprimait Flaubert à propos de madame Bovary. Ces propos m’ont fait songer à un éditorial célèbre du journal Le Monde intitulé « Quand la France s’ennuie ». Cet éditorial de Pierre Viansson-Ponté est resté célèbre parce qu’il était écrit le 13 mars 1968, deux mois seulement avant les « événements » que l’on sait.

Un pays est comme une personne : il peut s’ennuyer. Pas seulement d’un ennui banal, mais d’un ennui métaphysique : ce genre particulier d’ennui qui surgit quand on ne sait plus ni d’où l’on vient, ni où l’on va, ni où on en est, ni qui l’on est, ni à quoi sert de vivre. Un ennui qui fait naître cette forme de vertige que ressent, au bord d’un gouffre, celui qui s’éprouve à la fois saisi d’épouvante et attiré par le vide comme par l’œil du serpent.

Il est sans doute hasardeux de comparer l’ennui qu’éprouvait la France à la veille de mai 68 avec les états d’âme qui précèdent une année électorale dans le contexte anxiogène qui est le nôtre. Mais dans l’article du Monde que vous trouverez aisément sur internet sous le titre « Quand la France s’ennuie », j’ai relevé un paragraphe qui m’a fait réfléchir et que j’aimerais vous citer. Le voici :

On ne construit rien sans enthousiasme. Le vrai but de la politique n'est pas d'administrer le moins mal possible le bien commun, de réaliser quelques progrès ou au moins de ne pas les empêcher, d'exprimer en lois et décrets l'évolution inévitable. Au niveau le plus élevé, il est de conduire un peuple, de lui ouvrir des horizons, de susciter des élans, même s'il doit y avoir un peu de bousculade, des réactions imprudentes.

« Le vrai but de la politique est de conduire un peuple ». Encore faut-il, pour cela, savoir un peu où on veut le conduire. Le thème de la lutte contre le terrorisme répond, certes, aux angoisses de l’heure, mais il ne suffit sans doute pas de dire que « la démocratie sera plus forte que la barbarie » pour ouvrir des horizons et susciter des élans, bref pour apporter des réponses, même partielles, même balbutiantes, à la question de savoir où nous allons. C’est le rôle des vrais hommes d’État – à supposer qu’il en existe encore.