Obsèques de Mgr Pierre Aubert le jeudi 18 mars 2010
Homélie prononcée par Mgr de Germiny au cours des obsèques de Mgr Pierre Aubert, le jeudi 18 mars, à la cathédrale de Blois.
Chers amis,
Notre mémoire est remplie d’images.
J’en ferai apparaître deux. Le P. Aubert en est le sujet.
La première image est le sourire qu’il m’adressait alors qu’évêque nommé, je débarquais à Blois en 1997 et qu’il me présentait son beau diocèse qui devenait le mien.
La seconde image m’a été transmise par sa famille alors qu’il se reposait à Quiberon et retrouvait au contact de la nature, de la mer, paix et allant.
Ces deux images n’ont pas pour objet de se substituer à la vision d’un homme épuisé par la fatigue et la maladie mais de rejoindre Pierre Aubert dans la vérité de son existence.
« Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? » (Jn 6, 68). La question de Simon-Pierre posée à Jésus était la sienne aussi.
C’est ainsi que j’ai entendu le « oui » qu’il a exprimé après un long débat intérieur, lorsque je lui ai demandé de prendre un long temps de soins et de repos. L’argumentaire était simple mais incisif : « Retrouvez le goût de vivre pour accomplir la mission que le Seigneur vous a confiée ». Il m’a semblé que l’analogie était grande entre le « oui » prononcé le 18 février dernier et le « oui » du 20 juin 1982, jour où Mgr Goupy ordonnait à Vendôme Pierre Aubert, prêtre. Se vérifiait ainsi l’annonce du prophète Jérémie : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur » (Jr, 3, 15).
Chers amis, les raisons de votre présence ici sont variées, à la mesure des rencontres et des ministères du P. Aubert qui nous furent rappelés au début de la célébration.
Reprenant l’interrogation de Simon-Pierre à Jésus, j’évoquerai trois lieux où Pierre Aubert et ses interlocuteurs disaient à Jésus : « Seigneur vers qui pourrions-nous aller ? »
À l’égard des enfants, Pierre Aubert déployait de grands talents. Il savait leur parler, les intéresser, leur faire aimer Jésus : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10, 14).
Mgr Aubert était official, vicaire judiciaire. Que de temps passé pour écouter les blessés de la vie que ce soient des couples ou des prêtres. Avec délicatesse et le désir de saisir la vérité qui libère, il instruisait les affaires. Voici un témoignage : « Je remercie Dieu pour ce prêtre qui nous a permis de continuer à cheminer pleinement et ensemble dans la foi ».
La joie du P. Aubert fut grande quand sa famille et les paroissiens de Blois-Centre lui offrirent un ostensoir pour ses 25 ans de sacerdoce. Cet ostensoir fut utilisé à Lourdes par Benoît XVI en 2008 et est légué au diocèse. Ceux qui ont participé à la messe qu’il célébrait ont peut-être remarqué que celui-ci embrassait l’hostie consacrée et le calice au moment de la paix ou de la communion. Ce rite pratiqué chez les frères de saint Dominique en dit long sur le rapport qu’entretenait Pierre Aubert avec la personne du Christ ressuscité.
En vous livrant ceci, nous comprenons pourquoi le P. Aubert a choisi le chapitre 6 de saint Jean : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui… Beaucoup de ses disciples s’écrièrent : ce qu’il dit là est intolérable… et certains cessèrent de marcher avec lui… Alors Jésus dit aux douze : Voulez-vous partir vous aussi ? Simon-Pierre répondit : Seigneur vers qui pourrions-nous aller ? » (Jn 6, 56-60; 66-67).
Pierre Aubert avait laissé un testament spirituel. Le voici :
« Je veux tout d’abord dire combien j’ai été heureux d’être prêtre. Que l’on sache que donner sa vie au Christ et à l’Église peut être source de joie. Même si chacun a à porter des souffrances. Je veux dire à ma famille merci pour tout ce qu’elle m’a apporté comme joie. Si le Seigneur m’accueille près de lui, ce que j’espère, je prierai particulièrement pour chacun d’eux ainsi que pour toutes les personnes que j’ai pu rencontrer et côtoyer. La mort n’est pas la fin de tout mais l’entrée dans la Vie.
Je désire que la cérémonie des obsèques soit simple et remplie d’Espérance…
Je demande humblement pardon à tous ceux que j’ai offensés et avec qui je ne me suis pas, à ce jour, réconcilié ».
En janvier 2009, j’avais demandé au P. Aubert de devenir vicaire général. Écoutez sa réponse : « Je viens de dire vêpres. La lecture de ce soir m’a beaucoup éclairé et apaisé : « Nous demandons à Dieu de vous combler de la vraie connaissance, de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Col. 1, 9b-11). Aussi avec tremblement, mais avec paix, j’accepte de vous aider dans votre mission comme vicaire général, le temps qu’il vous plaira. En vérité, votre demande fut pour moi un choc, car jamais je n’avais envisagé une telle responsabilité, comme je n’avais envisagé d’être un jour vicaire épiscopal. Permettez-moi cette nouvelle citation du Ps 14 de ce soir : « Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Qui habitera ta sainte montagne ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. Il met un frein à sa langue, ne fait pas de tort à son frère et n’outrage pas son prochain » !! Voilà sans doute la « feuille de route » de cette nouvelle mission qui ne peut être que spirituellement vécue dans la foi, l’obéissance, l’Espérance. Je sais toutes les nombreuses difficultés de notre diocèse. J’essaie de les partager avec vous dans cette même Espérance qui ne dépend pas de nous ».
Pierre est mort au cours de l’année sacerdotale. Cette brutale et douloureuse disparition nous interroge tous sur le ministère et la vie des prêtres.
« Avec la mort, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ».
Autrement dit, Pierre Aubert continue à être prêtre du diocèse de Blois.
« Sacerdos in eternum »
« Seigneur vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
Amen
Mgr de Germiny