Chronique de Mgr de Germiny du vendredi 8 avril 2011
14 avril 2011La scène se passe dans une petite ville du Loir-et-Cher.
Un homme vient de mourir. Sa femme se rend au presbytère pour les obsèques. Le curé la reçoit. « Seul le P. Jean est libre au jour et à l’heure que vous avez choisis, lui dit-il. Je l’appelle pour que vous prépariez la cérémonie ».
Blois, le 8. IV. MMXI
Chers amis, bonjour.
La scène se passe dans une petite ville du Loir-et-Cher.
Un homme vient de mourir. Sa femme se rend au presbytère pour les obsèques. Le curé la reçoit. « Seul le P. Jean est libre au jour et à l’heure que vous avez choisis, lui dit-il. Je l’appelle pour que vous prépariez la cérémonie ».
Le P. Jean entre dans la pièce. « Ah non, pas un noir ! Mon mari ne voulait pas être enterré par un noir, je dois respecter ses volontés ».
Stupeur des deux prêtres. Le P. Jean sort. Le curé cherche à raisonner la veuve. Rien n’y fait. Le curé appelle l’évêché. Par chance l’évêque est là. Bref échange. La décision est prise, j’assurerai la cérémonie mais le P. Jean concélèbrera avec moi.
Ceci se passait le 6 avril jour où Aimé Césaire le révélateur de la « négritude » était reçu au Panthéon.
Ceci s’est passé dans le diocèse de Blois où fut évêque, constitutionnel il est vrai, l’abbé Grégoire lui qui se désignait comme « l’Ami des hommes de toutes les couleurs » et qui luttant hardiment contre l’esclavage publia en 1824 : « De la noblesse de la peau ou du préjugé des blancs contre la couleur des Africains et de leurs descendants noirs et sang-mêlé ».
Dans une église comble, j’ai dit les raisons de ma présence. L’évangile de saint Jean reprenait ces paroles de Jésus : mon commandement le voici : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12).
L’évêque, sans se prendre pour le Sauveur, agit en son nom, c’est pourquoi j’ai demandé pardon au P. Jean de l’offense qui lui avait été faite.
Ma hantise était de ne pas clouer au pilori la veuve : elle avait du chagrin, avait toujours dit oui à son mari et voulait respecter ses dernières volontés… Je crois avoir été exaucé, sans pour autant cacher la vérité.
Mes chers amis, le racisme est une hydre au visage multiforme tapie devant chacune de nos portes.
Attention ! Veillez !
Chers amis, à bientôt.
† Maurice de Germiny
évêque de Blois