Echos des soirées sur les lois de bioéthique françaises
12 mai 2009Mgr de Germiny a décidé en décembre dernier que le Service Diocésain de Formation Permanente devait mettre en place 5 soirées de formation autour de la bioéthique, une par doyenné, en mars et avril.
La France est actuellement en pleine révision de ses lois de bioéthique. Celle du 6 août 2004 porte en elle-même le principe de son réexamen au bout de 5 ans d’application, ce qui induit la rédaction d’un projet de loi cette année 2009 avec une prise de décision en 2010.
Cette révision sur l’encadrement des recherches et des pratiques médicales en ce qui concerne la procréation et la médecine régénérative permet de prendre en compte les projets scientifiques constants et les évolutions de notre société et des mentalités.
La Conférence des Evêques de France, soucieuse d’être au courant des avancées scientifiques dans ces domaines qui concernent l’homme dans toute sa vie, a organisé en novembre 2007 et novembre 2008, près de Rennes, un groupe de travail « Bioéthique ». Ils ont invité et écouté un grand nombre de spécialistes dans le domaine médical, scientifique, éthique et juridique. Cela a donné lieu à un document de travail reprenant les 7 questions principales qui, selon le compte-rendu du Conseil des ministres du 16 juillet 2008,ont été retenues dans le cadre de cette révision : la recherche sur l’embryon ; le prélèvement et la greffe d’organes, de tissus et de cellules ; les modalités d’expression du consentement dans les protocoles de recherche ; le principe d’indisponibilité du corps humain ; l’assistance médicale à la procréation qui pose elle-même la question de l’anonymat de don et de la gestation pour autrui ; le développement de la médecine prédictive ; l’extension du recours au diagnostic prénatal et au diagnostic préimplantatoire. Ce document provisoire est devenu un livre : « Bioéthique, propos pour un dialogue » signé par la C.E.F. et édité chez D.D.B. / Lethielleux 2009. Un autre livre est paru sur ce sujet après le colloque de Rennes de novembre 2008 : « L’embryon » Problèmes de bioéthique : le statut ontologique et éthique de l’embryon. C’est une rédaction collective des intervenants de cette réflexion, éditée par Parole et Silence.
Un des principaux problèmes auquel le législateur est confronté est le respect de la dignité de l’homme : elle doit être reconnue depuis le premier instant de sa conception jusqu’à son dernier souffle. Ce principe fondamental de la dignité de la personne humaine doit guider la réflexion de chacun dans cette révision. La dignité prend toute sa place dans la réflexion chrétienne mais trouve déjà son fondement dans un simple humanisme. En effet, la personne est une fin en soi et ne peut en aucun cas être un moyen ; la personne ne peut être instrumentalisé, ce qui se retrouve déjà dans la loi française ; la personne est unique ; la dignité est constitutive de l’homme.
Lors des soirées qui ont eu lieu dans le diocèse, le Père Didier-Marie de Lovinfosse, vicaire à Montoire, a exposé les principes fondamentaux de la bioéthique, autour de la notion de dignité de la personne humaine. Pour ma part, j’ai traité des enjeux de la révision de cette loi et du déroulement de cette révision. Puis Maître Jean-Jacques Dupé a exposé les bases juridiques qui encadrent la bioéthique. Ensuite les Docteurs Lucienne et Jean-Marc Beaufils sont entrés dans le vif du sujet en exposant avec clarté les questions posées par les avancées scientifiques dans le domaine de l’aide médicale à la procréation ainsi que par le recours de plus en plus fréquent au diagnostic prénatal et aussi préimplantatoire lorsqu’il s’agit de fécondation in vitro.
Il est évident que la loi française actuelle est protectrice mais son assouplissement dans ces domaines nous expose à des dérives eugénistes réelles. La question de fond à se poser est de savoir quelle société voulons-nous ? Si la technique médicale, la science et les investissements colossaux qu’elles exigent progressent, cela ne peut être qu’au détriment d’une politique de santé publique qui a déjà tendance à se déshumaniser.
En tant que chrétiens, nous ne pouvons tout accepter et avons le devoir de cesser de jouer à l’apprenti sorcier. Une réflexion de fond est à mener à différents niveaux : quelle place laissons-nous aux plus petits et aux plus démunis dans notre société ? Quelle compassion sommes-nous prêts à manifester auprès de ceux qui souffrent qu’ils soient parents stériles, parents d’enfants handicapés, enfants maltraités ou abandonnés ? Sommes-nous prêts aussi à revoir nos modes de vie et à réfléchir à l’âge auquel un couple se sent prêt à procréer au mépris des lois les plus naturelles de la fécondité ?
Les soirées de réflexion sur la bioéthique n’ont pas répondu à toutes ces questions mais c’est à chacun de prendre en compte ces réalités et de s’engager dans une voie qui permette une réponse humaniste et humanisante autour de la VIE !
Marie-Brigitte Feuillée
Directrice du service diocésain de formation permanente