Guy Gilbert à Saint-Pierre de Cabochon.
26 février 2010Répondant à une invitation du curé Michel Viot, le 20 février, en l'église Saint-Pierre de Blois, en présence du maire Marc Gricourt, Guy Gilbert a prononcé une conférence sur le thème de la violence, avant de concélébrer une messe présidée par Mgr Maurice de Germiny.
Homme de parole et d'écriture, il est aussi homme d'écoute et de silence. "Toute religion qui bafoue les droits de l'Homme est une religion dangereuse" ou "L'enfant a un immense besoin de présence féminine, mais que des femmes soient diaconesses, c'est souhaitable". Des paroles fortes. Puis avec tout autant de conviction: "L'autre a toujours une vérité qui me parle".
Quand quelqu'un dans l'assemblée lui demande quelles ont été les grandes épreuves de sa vie, il pointe son portable qui, douze heures par jour, l'amène à recevoir des appels venant très souvent de jeunes en détresse: "Ma souffrance, c'est ça". Pour lui à qui la justice et la DDAS confient des 13-16 ans en extrême difficulté -il en voit entre 10.000 et 20.000 par année- indéniablement, "la vie est un combat".
Mais alors comment tenir dans une telle tourmente? "Je suis un miracle vivant", dit celui à qui le célibat permet cette disponibilité et cette possibilité d'assurer la pérennité auprès de ceux dont il prend charge. "Le célibat reste une aventure extraordinaire dans l'Église. D'ailleurs, l'Église, c'est ma mère. Bien sûr, dans l'Histoire, elle a failli parce qu'elle est faite de pécheurs dont je suis, car je ne suis par meilleur qu'un autre". Et puis, il y a le silence, le grand silence. "Je prends deux jours sur dix en silence complet, en plus d'une retraite de cinq jours chaque année en Algérie (il y a accompli son service militaire, en pleine guerre, et est resté attaché à cette terre, ndlr). C'est ma respiration. Si je n'ai pas ça, je ne peux pas tenir". Non pas quatre mais six dimanches par mois, pourrait-on dire: une absolue nécessité pour pouvoir rester en communion avec son Dieu et se ressourcer, une condition essentielle pour pouvoir être un frère universel, comme Charles de Foucauld qui, ayant vécu au coeur du désert algérien, demeure un phare pour lui.
Enfin, toujours en lien avec l'Algérie, cette anecdote très symbolique. Un jour, un des moines de Tibhérine lui a fait don d'un petit lierre mis dans un pot.
La plante a longtemps végété puis, peu de temps après l'assassinat des moines en 1996 -dont l'un, Christophe Lebreton, était originaire du Loir-et-Cher, ainsi que l'a rappelé Mgr de Germiny-, elle s'est mise à se développer au point de faire rapidement le tour de sa chambre. "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit..."
A la suite de la conférence, le père Guy Gilbert a concélébré la messe avec Mgr de Germiny. Une "Thomas messe" avait annoncé le père Michel Viot qui a précisé que ce genre d'office religieux, que l'on peut aussi qualifier de messe d'évangélisation, était né dans les pays scandinaves de tradition luthérienne, dans le but de rejoindre des croyants se situant en périphérie de l'Église, doutant et se posant des questions, à l'image de l'apôtre Thomas. À l'intérieur de la cérémonie religieuse, des temps de rencontre avec des laïcs ou des prêtres avaient été prévus afin de permettre aux participants d'échanger et de poser des questions ou de vivre le sacrement de la réconciliation.
À la fin de la messe, Mgr de Germiny a remercié le père Michel Viot pour "cette célébration que vous avez eu l'audace de nous proposer".
M.L.