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Nouvelles du Père Jean-Louis Genoud

7 novembre 2011

Après 6 mois passés à Blois pour raison de santé, le Père Jean-Louis Genoud est retourné dans "son" pays, le Guatemala. Il raconte son arrivée pleine de surprises ...

                                                                        Ciudad Quetzal, Guatemala, dimanche 6 novembre.
Chères amies, chers amis,
Me voilà donc bien rentré chez moi depuis le 24 octobre. Des problèmes dans la communication m’ont empêché de donner plus tôt des nouvelles. Et ce n’est pas encore bien réglé.
Un accueil extraordinaire. 30 personnes à l’aéroport avec banderoles et chants, embrassades… de quoi effacer d’un trait toute la fatigue du voyage. Puis la surprise en arrivant dans ma rue pleine de monde malgré l’heure tardive et la vague de froid. Isabel, la secrétaire toujours bien au courant de tout était la première étonnée, personne ne lui avait dit, sans doute pour qu’elle ne vende pas la mèche avant l’heure. Et la joie ! L’expression d’une solidarité qui est bien la tendresse d’un peuple. J’ai tout de suite senti par où on allait : mon retour était une victoire de tous. Quelqu’un a dit, je n’ai pas eu besoin de le dire : « Ensemble nous avons vaincu la mort, que ne peut-on pas faire aussi ensemble pour changer la vie de notre peuple ? ». Et tous de crier les mots qui terminaient les messages que je leur envoyais de France : « Et la lutte continue, continue, continue… ! » «¡ Y la lucha sigue, sigue, sigue… ! »
Le surlendemain, mercredi, était dans le calendrier maya le jour de mon « nawal » Tijax, c'est-à-dire l’Esprit qui oriente et protège la vie, qui aide à définir la mission et à la mener. Les communautés indigènes ont préparé une cérémonie autour d’un feu où brulent les offrandes pour rendre grâce à cette représentation de Dieu par laquelle ils m’ont transmis leur énergie pendant ces 6 mois de maladie.
Le samedi, toutes les communautés se sont rassemblées dans un grand gymnase avec une célébration pour fêter les retrouvailles, raconter le chemin parcouru en 6 mois, les réussites et les problèmes, relever le défi de défendre la vie, d’être un « Peuple qui prend soin du peuple ». Un merveilleux cadeau pour qui cherche à accompagner leur cheminement, celui de reprendre ensemble cet engagement. De mon côté, ils savent que me remettrai peu à peu et d’une façon un peu différente, en me situant au plus proche de ceux qui souffrent non seulement de la maladie mais des violences, des injustices,… Et des personnes et organisations qui cherchent un monde avec une vie digne pour toutes et tous. Et j’ai bien vu que beaucoup vont faire un pas dans la même direction. Si pour moi les 6 mois ont été une grande école pour affronter le mal, pour eux ça a été une école de la solidarité. Et c’est bien ça le miracle !
J’ai repris le chemin des médecins pour terminer le traitement comme prévu. Notre ami médecin Mauricio a fait et traduit un bon résumé des rapports des médecins de Blois. Il m’a aussi accompagné dans les visites à l’hôpital qui m’a pris en charge pour la dernière chimio qu’ils m’ont injectée vendredi. On m’a découvert un problème au cœur (arythmie) qui n’avait pas été pris en compte à Blois, il suffisait de me prendre le pouls. Et j’ai déjà rendez-vous demain avec un cardiologue, on me fera un échocardiogramme et la pose d’un holter pour 24 heures. L’enthousiasme reste à l’ordre du jour. Même si ce soir on aura forcément une mauvaise nouvelle. Qui aurons-nous comme futur président ? Un général génocidaire ou un maffieux de la drogue ? Les électeurs votent en ce moment pour le pire ou pour le pire. Mais ça devient clair : ce ne sont pas ceux-là qui changeront le pays, la force doit venir d’en bas et on s’y attelle.
Je vous embrasse fort, 
                                                                                     Jean-Louis.
 

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