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Archéologie

LA CAPSE DE MONTOIRE est entrée dans les collections du Musée Diocésain d’Art Religieux de Blois par le legs BELLANDE, le 21 décembre 2008.

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LA CAPSE DE MONTOIRE.

Communiication de Maurice BELLANDE, initialement destinée à la Société Archéologique Scientifique et Littéraire du Vendômois.

« Les travaux de construction et de modernisation pratiqués dans tous les pays depuis une vingtaine d’années ont été la cause de nombreuses découvertes archéologiques d’importance variable dont certaines sont venues compléter les recherches scientifiques menées, tandis que d’autres en étaient même le point de départ. Ce qui suit en est un modeste exemple.
Depuis deux ans (texte de 1970), une entreprise de travaux publics procède à MONTOIRE sur LOIR à l’installation du tout à l’égout. Depuis le début des travaux, son contremaître aussi bien que ses collaborateurs ont toujours l’obligeance de me signaler, avant que d’envoyer quoi que ce soit à la décharge, tout ce qui leur paraissait digne d’intérêt au fur et à mesure du creusement des tranchées ; qu’ils en soient ici publiquement remerciés.
Cette prospective amicale n’avait cependant en deux ans apporté que la découverte de tessons et fragments de dallage lorsque le mercredi 30 septembre vers onze heures, le conducteur du bulldozer remarquait dans le benne une sorte de boîte défoncée et informe qu’il supposait avoir été écrasée lors de son extraction ; j’en fis cependant immédiatement l’acquisition.
La boîte avait été extraite à un mètre cinquante de profondeur, à cinquante centimètres sous la stratification qui devait marquer le niveau primitif, à l’emplacement de l’ancienne église des AUGUSTINS, NOTRE DAME DE LA PITIE, détruite en 1895 et dans l’axe formé par une ligne partant de l’actuel transformateur électrique et aboutissant au reste d’ouverture ogivale qui fait face. Elle était entourée de nombreux ossements, d’un squelette de grande taille, vestiges de l’antique « petit cimetière », d’un fragment de pot et de carreaux de l’ancien dallage de l’église.
Contrairement à ce qui avait été supposé au premier abord, la pelle du bulldozer n’avait pas endommagé la boîte : celle-ci avait été défoncée longtemps auparavant ainsi que le prouvaient les concrétions calcaires visibles même à l’intérieur. Elle ne contenait que de la terre dont l’analyse aurait été sans intérêt et, lavée, se révéla être un récipient en trois parties soudées : la base, le couvercle ; raccordés par une bande en pourtour d’environ 45 millimètres de hauteur, le métal ayant en moyenne 1,5 millimètre d’épaisseur, l’ensemble pesant 2780 grammes.
Ma première idée fut qu’il s’agissait d’une CAPSE ronde ayant contenu un cœur. Cependant, ma collègue et amie, Madame DIDIER-GOURNAC, tout en approuvant l’idée d’un vase funéraire de cœur, remarquait avec acuité que deux bosselures supposées pouvaient être les ventricules stylisées d’un cœur et qu’une soudure verticale de la bande de pourtour en serait la pointe.
Dans le courant de la nuit, de tous les documents consultés, seul l’ouvrage de l’abbé Paul BRISSET fournissait une piste. On y lisait que Marthe de SOUVRE, fille d’un seigneur de COURTANVAUX qui avait épousé le 11 juillet 1566 Antoine de LAVARDIN, mort en 1583, avait fait extraire son cœur pour le faire inhumer dans l’église des AUGUSTINS de MONTOIRE. Son fils, Hector de LAVARDIN, devait mourir au combat en 1593. Marthe de SOUVRE fit alors placer son cœur à côté de celui de son père.
Il n’est pas dit si ceux-ci furent enterrés ou emmurés. Une plaque fut gravée portant en mauvais vers :
ICI dorment les cœurs de deux braves courages,
Du sang de LAVARDIN, du père et de l’enfant,
Sur les murs du POULIN l’un monta triomphant.
L’autre soutint d’IVRY les meurtriers combats.
Tous deux servant leur roi rencontrèrent la mort.
Heureux qui peut ainsi arriver à bon port.
L’abbé Paul BRISSET signale qu’en 1804, on trouva au pied d’un mur, au dessous de la plaque, deux urnes « de terre », qui paraissaient avoir disparu.
Contenaient-elles respectivement les cœurs des deux hommes ? Il n’y aurait alors aucune corrélation entre la capse de plomb et les cœurs de LAVARDIN. Il faut noter cependant que celle-ci, large et longue d’environ 19 cet 22 centimètres, et d’épaisseur maxima de 10 centimètres après restauration est d’une dimension inhabituelle pour un reliquaire de cœur.
Elle a pu fort bien en contenir … DEUX.
Peu après l’étude, s’imposait la remise en état : la capse profanée soit sous la Révolution, soit en 1804, était non seulement écrasée mais éventrée en trois endroits ; quatre clichés furent pris en cet état. (archives du Musée diocésain). La restauration s’avérait donc extrêmement délicate, elle fut confiée à deux spécialistes du quartier du MARAIS. Il fut convenu au début que le planage serait fait de l’intérieur afin de garder intacts grain et patine, qu’aucune soudure ne serait faite mais qu’il fallait se résigner à sacrifier les concrétions calcaires. Quelques semaines plus tard, le vase funéraire avait retrouvé sa forme primitive de cœur, j’avais de plus la très agréable surprise de constater que monsieur MOULIN et son collaborateur avaient œuvré avec une telle virtuosité que même les concrétions semblaient ne pas avoir été touchées par le marteau. Qu’ils trouvent ici l’expression de mon estime et de ma gratitude.
Ce court exposé ne prétend pas à aucune conclusion. Tous renseignements et suggestions seront les bienvenus. La discussion est ouverte.
Maurice BELLANDE
6 décembre 1970

Le plan dressé par Maurice BELLANDE situe la découverte au milieu de l’actuelle rue MARESCOT.
Restaurateur : R. MOULIN, 13 rue de Thorigny PARIS 3ème
Archives du Musée : photos et plans.