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Diocèse de Blois

Nuit de Noël - 23 décembre 2017

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Chronique de Mgr Batut, évêque de Blois, du 23 décembre 2017.

Nous célébrons Noël au moment où, sous nos latitudes, la nuit paraît l’emporter sur le jour, et où le jour finit par reprendre le dessus sur la nuit. C’est l’origine, chez les Romains, des fêtes dites Saturnales, qui débutaient le 15 décembre et se prolongeaient jusqu’au solstice d’hiver. C’est aussi, à ce qu’il semble, l’origine du choix du 25 décembre pour fêter la naissance de Jésus. Il est le véritable Sol invictus, le Soleil dont les ténèbres ont semblé victorieuses, et qui les a finalement vaincues : « la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pu l’atteindre », écrit saint Jean (1, 5).

La nuit est redoutée par le voyageur qui s’est laissé surprendre par elle, et qui craint d’être attaqué en chemin. Elle est source d’angoisse pour l’insomniaque, le malade sur son lit d’hôpital ou le sans-abri qui se trouve réduit à rechercher des hébergements de fortune. Pour l’enfant, et même pour certains adultes, elle est la complice des monstres et des possibles cauchemars. Et pour tous, elle a partie liée avec l’approche de la mort : l’entrée dans le sommeil a quelque chose d’une préfiguration du naufrage définitif.

La Bible n’ignore pas ces significations, mais un événement décisif a changé le sens de la nuit. Pour toutes les générations, la sortie d’Égypte et le passage de la Mer ont fait de la nuit le lieu de la délivrance, dans les deux sens de ce mot : délivrance de l’esclavage, et délivrance semblable à la venue au monde d’un nouvel être vivant. Depuis lors, la veille nocturne des enfants d’Israël est restée la mémoire de l’entrée dans un jour nouveau.

Il en va de même pour nous chrétiens quand nous célébrons la nuit pascale. Après avoir affronté son « heure et la puissance des ténèbres » (Lc 22, 53) après avoir connu l’obscurité du tombeau, Jésus est entré dans la lumière de Dieu. C’est à partir de cette nuit que nous contemplons la nuit de Noël, car c’est elle qui lui donne son sens : les chrétiens d’Orient le savent bien, eux qui représentent sur leurs icônes de la Nativité l’Enfant Jésus gisant au fond d’une grotte noire comme un tombeau, enveloppé de bandelettes qui ressemblent fort à celles d’un défunt. Mais au-dessus de la grotte brille l’étoile de la résurrection.

La fête de Noël, célébrée dans la nuit, nous rappelle ainsi ce que nous sommes : des veilleurs, sentinelles de l’invisible qui attendent dans la nuit de ce monde le lever du jour qui n’aura pas de fin.