Renforcer l’éducation des enfants

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Présentation du chapitre sept d’Amoris laetitia, provenant de l’édition annotée de « La joie de l’amour » aux éditions Lessius Fidélité (2016), avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Des enfants, il est souvent question au fil du texte de l’exhortation apostolique. Dans ce chapitre, le pape se penche sur leur éducation, parce que « cette fonction éducative des familles est importante et qu’elle est devenue très complexe » (259). Il est impossible de se pencher sur les défis auxquels les familles sont affrontées sans s’arrêter sur celui-là. C’est aussi, par ce biais, interroger les familles sur ce qu’elles sont, sur leur devenir et sur leur rôle dans la société, tout en questionnant les adultes (les parents, en particulier) sur leur manière d’être et de faire.

Un fil rouge lie les sept points ici abordés : la formation à la liberté. Sans elle, l’enfant, l’adolescent, le jeune ne pourront poser les choix nécessaires pour ne pas être les victimes des « invasions nuisibles », pour être ouverts à la société dans laquelle ils doivent être partie prenante, pour orienter leur sexualité  positivement, pour pouvoir faire leur la foi qui leur est proposée… Cette liberté éveillée conduira l’enfant à devenir lui-même et à exister comme sujet responsable de son existence, de sa capacité d’agir avec d’autres sur le réel, de se sentir relié, compris, reconnu et utile – de « naître » au monde dans une culture de l’engagement, même si l’émergence de ce « je » surprend, dérange, malmène les projets qui auraient pu habiter les désirs des parents. Il ne s’agit pas de pousser l’enfant à ressembler à une image  idéale mais de l’aider à faire émerger ce qu’il est fondamentalement. « Il est inévitable que chaque enfant nous surprenne par les projets qui jaillissent de cette liberté, qui sortent de nos schémas, et il est bon qu’il en soit ainsi. L’éducation comporte la tâche de promouvoir des libertés responsables […] des personnes qui comprennent pleinement que leur vie et celle de leur communauté sont dans leurs mains et que cette liberté est un don  immense » (262).

Ce cheminement ne se traduira pas à coups de discours ou d’injonctions… Mais c’est l’exemple vécu par les parents qui en sera la trame. « Les parents transpirent et les enfants respirent. » C’est la manière d’être des parents, de vivre certaines valeurs, de construire leur vie, d’acter leur foi, qui aiguillera les enfants vers l’être unique qu’ils sont et apprendront à découvrir dans l’altérité ainsi prise en compte. Cette « exemplarité » devra être empreinte de confiance (ne pas tout comprendre dans ce qui est perçu), de patience  (chacun avance à son rythme), (demain n’est pas aujourd’hui)… En un mot, il importe de faire un acte de foi : ne pas savoir, mais croire ! Un exemple : « Lorsqu’on propose des valeurs, il faut aller progressivement, avancer de diverses manières selon l’âge et les possibilités concrètes des personnes, sans prétendre appliquer des méthodes rigides et immuables » (273).

La famille, si elle n’est pas le seul lieu éducatif pour l’enfant, est sa première école. De même qu’elle est « le lieu de la première socialisation », elle est le premier lieu où apprendre « les habitudes  de consommation pour sauvegarder ensemble la maison commune ». « Les familles sont le premier lieu où nous nous formons comme personnes et en même temps elles sont les “briques” pour la construction de la société » (François, homélie du 14 septembre 2014). C’est pourquoi les communautés chrétiennes se doivent de leur apporter tout le soutien dont elles peuvent éprouver le besoin. Devant ce programme exigeant tant pour les familles que pour ceux qui participent à leur cheminement, les uns et les autres peuvent trouver les attentes difficiles, voire impossibles, à assumer. Laissons-nous porter par ce tweet de François : «Chaque famille, malgré ses faiblesses, peut devenir une lumière dans les ténèbres du monde. »

Philippe Miton et Jean-Luc Ragonneau