Porter la communion

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L’essentiel : La personne qui porte la communion à un malade le fait en lien avec la communauté, dans le cadre d’une rencontre fraternelle. Elle veille à respecter le rituel tout en s’adaptant à la diversité des situations et en tenant compte du temps liturgique.

La manière d’apporter la communion aux malades prend tout son sens lorsqu’elle est « une démarche de foi et une démarche fraternelle de la communauté eucharistique envers ses membres absents.

Un membre de l’assemblée eucharistique (prêtre, diacre, ou laïc désigné à cet effet) apporte à celui qui ne peut y participer le réconfort de la Parole et le Pain eucharistique partagé dans l’assemblée. De cette manière, le malade reste uni à cette assemblée et il est soutenu par ce geste de fraternité chrétienne » (Rituel, n° 27) . Ainsi se vérifie l’appellation choisie par l’Eglise « porter la communion » qui signifie d’abord la communion avec l’assemblée eucharistique et qui trouve son
expression concrète dans le partage de la Parole et du Pain.


Trois points d’insistance à retenir

 

- Aspect ecclésial

L’aspect ecclésial de la démarche est à situer au sein d’une relation interpersonnelle. Du côté des membres de l’assemblée, en particulier lorsque le rassemblement eucharistique a lieu en paroisse, il est important de porter à la connaissance de tous les fidèles la possibilité du service de communion et sa mise en oeuvre pour les personnes malades et absentes. On en favorisera la visibilité en faisant déposer les custodes sur l’autel au début de la célébration et en y faisant mention lors de la prière d’envoi.
L’usage encore fréquent de demander en aparté une hostie pour porter la communion à une personne malade de son propre entourage devrait progressivement disparaître afin de favoriser l’attention de la communauté envers les personnes souffrantes ou handicapées.
En ce qui concerne les personnes apportant la communion à domicile ou dans une chambre d’un établissement de santé ou d’une maison de retraite, la manière de procéder devra mettre en valeur la dimension ecclésiale du geste. La référence à la communauté eucharistique pourra se faire de plusieurs manières, en nommant le lieu où l’eucharistie a été célébrée, en apportant des nouvelles de la paroisse, en faisant référence à l’homélie entendue, en associant la personne aux intentions de prière de la communauté ou de l’Eglise universelle. Lorsqu’il est possible de le faire, le choix de porter la communion juste après la célébration dominicale favorisera tout naturellement ce lien.

- Une démarche sacramentelle et une rencontre fraternelle

Le point d’insistance consiste à établir un lien entre la démarche sacramentelle et la rencontre fraternelle. La portée de la rencontre fraternelle a été fortement valorisée dans le rituel de 1977 qui y consacre son premier chapitre (1) en déployant les différents aspects de la visite des malades. Vivre un temps de communion fraternelle par l’échange et la présence attentive au malade permet d’entrer dans le mystère de communion avec Dieu lui-même : « Notre vie est le lieu où s’accomplit le mystère de Dieu, le lieu où se révèle la vraie vie (2)
Le temps de la rencontre reste bien sûr centré sur la communion mais ne peut éliminer la qualité de l’accueil humain. Demander des nouvelles des jours derniers et partager les évènements marquants permettra de nourrir la prière et souligner la présence de Dieu à toute notre vie. Le passage de l’un à l’autre supposera alors un geste signifiant, par exemple le dépôt de la custode dans un endroit visible du malade et le signe de la croix qui manifestera l’entrée active dans la célébration. On mesurera en fonction du lieu (domicile ou établissement de santé), en fonction de l’entourage (tolérant ou peu tolérant au religieux) la plus ou moins grande discrétion à tenir durant ce temps.
Il convient, dans la mesure du possible, de créer un climat qui favorise la célébration et l’intériorisation : nappe, petite croix ou image, fleurs…

- L’importance de la Parole de Dieu

La Parole de Dieu fait partie de toute célébration sacramentelle même lorsque cette dernière se présente sous sa forme la plus dépouillée. Si paradoxalement le rituel nous précise qu’ « on peut même l’omettre complètement (3) » dans certaines circonstances graves, il insiste au contraire pour que la Parole demeure. En effet, celle-ci constitue une nourriture essentielle pour le chrétien. Elle est sacrement de la présence de Dieu et manifeste « la vérité et la sainteté de Dieu demeurant toujours intactes (4) ». Le choix du passage à lire dépend des personnes et des circonstances rencontrées sur place.

 

Intégrations de différentes variables

 

- Une structure relativement fixe
Ceux qui portent la communion doivent s’être approprié la structure habituelle d’une célébration tout en sachant les adaptations possibles. Porter la communion comprend différentes séquences bien repérables :
- un temps d’accueil conclu par le signe de la croix
- un temps pénitentiel,
- une ou plusieurs lectures des Ecritures saintes,
- la prière universelle,
- le Notre-Père,
- le temps de communion, avec les paroles rituelles (« Heureux les invités au repas du Seigneur… »
R/ « Seigneur je ne suis pas digne… » ; « Le corps du Christ », R/ « Amen »),
- la bénédiction finale avec le signe de la croix.

Parmi les adaptations les plus fréquentes, notons que le temps pénitentiel peut facilement être déplacé après la lecture des Ecritures, en lien avec le contenu de celles-ci. La prière universelle peut, elle aussi, se situer après la communion avec une dimension d’action de grâce.
D’autre part l’importance donnée à chaque séquence peut varier, en particulier la lecture des Ecritures peut être raccourcie voire simplement évoquée par quelques mots lorsque la personne est très fatiguée ou lorsque la personne ne peut ni entendre ni lire. Parfois certaines personnes âgées prolongent la communion par des prières apprises dans leur jeunesse et qui peuvent avoir du sens pour elles. On laissera donc les imprévus se vivre et l’on reviendra ensuite paisiblement dans le fil de la célébration.

 
NB. Le propre de la communion eucharistique est la possibilité réelle pour toute personne de recevoir l’hostie  consacrée (sans danger, sans vomissement) et de l’avaler naturellement. Pour les personnes qui souffrent de dessèchement de la bouche, il est recommandé de leur proposer un verre d’eau. Il peut arriver que la totalité de l’hostie soit de trop. Elle est alors fractionnée. Mais il ne faut pas oublier, de l’avis même de soignants expérimentés, que les risques majeurs de fausse route ne sont pas éloignés, même quand il s’agit d’une parcelle ou d’une alimentation liquide (précieux sang de l’eucharistie). Les difficultés à déglutir ne sont pas uniquement liées à la grosseur ou à la nature de tel ou tel aliment. Prendre l’avis du personnel soignant, ne pas décider seul, serait prudent, en se souvenant que ce qui est possible à un moment peut être impossible à un autre moment.

- La diversité des personnes rencontrées

Différentes adaptations s’inventent en fonction des personnes rencontrées et du moment précis de la rencontre. On ne peut faire l’économie de l’état du malade le jour où l’on porte la communion, cela en raison de l’extrême variabilité de l’évolution des maladies. La durée de la rencontre pourra varier selon la fatigue ressentie.
Le contenu de la célébration, en particulier le choix du texte des Ecritures et l’importance accordée au temps pénitentiel seront tributaires des évènements vécus et évoqués par le malade. L’annonce d’un diagnostic difficile, la peur d’un examen médical, le découragement dû à la lenteur d’une amélioration prévue, l’espoir avoué d’une sortie rapide des difficultés, l’aveu d’une culpabilité, sont autant de circonstances qui orienteront les choix. Le souci de conforter la confiance en Dieu peut passer par la lecture d’un psaume de lamentation ou d’action de grâce ou par une page d’Evangile adaptée à l’état de la personne. La culture de la personne invitera aussi à choisir des mots et des lectures appropriés.
Dans certains cas, désormais fréquents, la personne se révèle en situation canonique particulièrement délicate (par exemple, divorcée remariée). Le cadre d’une hospitalisation courte ne permet pas d’entamer un long dialogue et un discernement pastoral très fouillé. On respectera la situation car ce n’est sans doute pas le moment de perturber plus gravement une personne déjà en difficulté de santé. On pourra toujours offrir la possibilité d’un dialogue et d’un discernement. Seul le cadre paroissial permet d’accompagner ces personnes. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’une hospitalisation en long séjour, ou en maison de retraite, la question peut se poser avec plus d’intensité. Le jugement pastoral devra toujours tenir compte du meilleur possible pour la personne à partir d’un dialogue en vérité, et des répercussions sur l’entourage.

- Le cadre de la rencontre

Porter la communion à domicile ou en institution représente des contextes fort différents. En ce sens un contact avec la famille ou les soignants permettra une présence au moment le plus adapté. Les imprévus ne sont pas totalement similaires. On peut être face à des situations diverses mais qui présentent le même type de difficultés : la télévision ou la radio allumée, l’interruption des coups de téléphone, la présence d’une personne peu participante voire hostile au domaine religieux. Mais, en institution, d’autres points particuliers se révèlent, ainsi la présence d’un compagnon de chambre, les passages inopinés des médecins ou infirmiers… Il s’agit à chaque fois de trouver l’attitude qui favorise le recueillement, et d’entamer un dialogue préliminaire pour chercher à améliorer ce contexte
peu propice. Parfois mieux vaut renoncer à porter la communion à ce moment-là et proposer une autre rencontre. Dans bien des situations, on sera soucieux de faire un lien judicieux avec ce qui surgit. Ainsi, le coup de téléphone peut offrir une intention de prière toute préparée…
Lorsqu’un ami ou une personne de la famille est présente, le désir de sa participation au temps de prière et de communion sera à vérifier avec discrétion et simplicité avant de commencer, tant les modes d’appartenance religieux sont divers dans notre société. Lorsque la personne se veut participante, un geste symbolique peut renforcer les liens : partager l’hostie avec le conjoint, se tenir la main lors du Notre-Père, inviter à dire une intention de prière, etc.

- Le temps liturgique

La liturgie se déroule suivant un cycle qui permet au chrétien de revivre tous les ans l’histoire de la Révélation. En portant la communion, ce déroulement liturgique doit être respecté afin de permettre aux personnes absentes de la communauté paroissiale de se nourrir des grands temps de l’Eglise où se « déploie tout le mystère du Christ (5) ». L’attention au vécu des personnes n’élimine donc pas le respect de ce rythme liturgique surtout pour les personnes longuement hospitalisées ou définitivement coupées des communautés paroissiales. L’approfondissement de la vie chrétienne passe par cette reprise incessante de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ ainsi que du témoignage des saints.

- La préparation personnelle

La personne qui assure ce service fraternel saura s’y préparer avec foi afin d’être en état de communion avec les personnes elles-mêmes. Disponibilité intérieure, méditation des Ecritures permettent d’être à l’écoute d’autrui et de Dieu.
En maison de retraite ou en EHPAD, la répartition du nombre de communions à porter est un élément essentiel à retenir pour ne pas avoir à précipiter le mouvement. Les membres associés à la mission d’une aumônerie doivent être formés pour ce service. Des formations existent à cet effet dans les diocèses.

Extrait de la BAO SEM


(1) Rituel des sacrements pour les malades, chap.1 : « La visite des malades », n° 19-26
(2) Id. n° 21 a
(3) Rituel, Commentaire du n° 38 sur la lecture de la parole de Dieu
(4) CONSTITUTION DOGMATIQUE DE VATICAN II / Dei Verbum, n° 13

(5) CONSTITUTION SUR LA SAINTE LITURGIE, Sacrosanctum concilium, n° 102 .

(*) extrait de : des sacrements pour les malades – guide pastoral, Cerf/CNPL, p. 89-93

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