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chronique du vendredi 21 janvier 2022

Il est toujours utile, et parfois salutaire, de veiller à ne pas se contenter d’un seul journal, d’une seule chaîne de radio (même excellente comme RCF), mais d’avoir des sources d’information diversifiées. Mon passé de germaniste me conduit, pour m’entretenir en allemand, à regarder fréquemment les actualités à la télévision allemande, ce qui m’a permis ces derniers jours de faire une intéressante étude comparative. Avec tous les médias européens, la deuxième chaîne allemande faisait part de l’élection de la nouvelle présidente du parlement européen, la maltaise Roberta Metsola. L’information consistait sur cette chaîne en un bref rappel de la carrière de cette femme et des circonstances de son élection, à savoir la mort soudaine de son prédécesseur italien. Et l’on diffusait comme il se doit des images de son élection obtenue à une très large majorité, ainsi qu’un aperçu de son discours de remerciement.

 

Bien différente était la présentation qui en était faite du côté français. Les radios (pas RCF) dénonçaient en chœur un grand péril qui planait sur l’Europe. Pas un péril rouge ou un péril jaune, mais un péril catholique. Roberta Metsola n’est-elle pas soupçonnée d’être une adepte du signe de croix, et même d’être catholique pratiquante ? Mais surtout, péché irrémissible, elle vient d’un pays où l’avortement demeure interdit et elle dit partager le point de vue de la majorité de ses concitoyens sur ce sujet. Il n’en faut pas plus pour que madame Manon Aubry voie dans cette élection « un symbole terrible quarante-deux ans après Simone Veil », et que Le Monde, après avoir concédé que Roberta Metsola « fait partie de l’aile la moins conservatrice de son groupe parlementaire et n’est pas suspecte de proximité avec l’extrême droite » explique – excusez du peu – que cette élection « est en parfaite contradiction avec les objectifs humanistes et éclairés de l’UE. »

 

Voilà où nous en sommes : il ne manque plus à madame Metsola que de prendre des vacances à Ibiza pour achever d’alimenter cette tempête dans un verre d’eau qui, comme je le soulignais en commençant, est bien française et picrocholine. Mais elle est révélatrice d’une société que certains nous prédisent, où la police de la pensée sera omniprésente et implacable quand elle redoutera la moindre remise en question de ses dogmes, même au simple niveau de l’opinion personnelle. Je parle encore de cela au futur, comme d’un risque à venir. Mais devant cette extension délirante du délit d’opinion, il y a de plus en plus de raisons de se demander si nous n’y sommes pas déjà.

 

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