Chronique du 1er décembre 2016 — Diocèse de Blois

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Chronique du 1er décembre 2016

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DE QUOI SE MÊLENT-ILS ?

« Mais de quoi se mêlent-ils, ces vieux célibataires ? » lançait ce jeudi, du haut de ses quatre-vingt-sept ans, madame Yvette Roudy sur l’antenne de France Culture.
« Ils », ce sont les évêques qui, par la voix de Monseigneur Pontier, ont adressé une lettre au Président de la République pour dire leur préoccupation au sujet de la proposition de loi relative « à l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ».

De quoi s’agit-il ? De déclarer hors la loi des sites internet qui, selon le langage officiel, « culpabilisent les femmes qui désirent avorter », en leur donnant « de fausses informations ». Bref, l’accusation est simple : ces sites font la morale et mentent.

Je vous conseille d’aller y voir vous-mêmes, aussi longtemps que cela est possible – car déjà, si vous vous aventurez sur ces sites, une fenêtre s’ouvre, vous avertissant qu’ils ont, je cite, « mauvaise réputation », et vous demandant si vraiment, en votre âme et conscience, vous êtes sûr(e) de vouloir vous aventurer plus loin (et dans ce cas, vous cliquez, à vos risques et périls).  On se demande vraiment qui fait la morale à qui.

Une fois que vous avez franchi la barrière et enfreint l’interdit, avec le vague sentiment de culpabilité que suscite cette transgression, que trouvez-vous ? Ici, je donne la parole à la chroniqueuse d’un grand quotidien[1] : « l’information permettant de poser un choix libre, celle que le site officiel du gouvernement se refuse obstinément à apporter sur les conséquences d’une IVG et les alternatives à l’avortement, au cas où la jeune femme hésiterait à garder son bébé, comme c’est souvent le cas. » Et cette chroniqueuse, qui n’a rien d’une vieille barbe de l’épiscopat, conclut : « Pour poser un choix libre, encore faut-il pouvoir initier une démarche de réflexion, de recul, de discernement : ce que ces sites permettaient de faire, en complément salutaire du site officiel du gouvernement. »

Discernement, recul, réflexion : voilà les attitudes honnies, détestées, dénoncées comme culpabilisantes et infantilisantes par nos censeurs officiels. Il faut vraiment que nous soyons tombés bien bas pour que l’on ose soutenir, comme l’ont déjà fait les partisans de la suppression du « délai de réflexion » en janvier de cette année, qu’en appeler à la capacité de réflexion des personnes sur la portée morale et humaine de leurs actes, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus élevé en elles, constituerait une entrave à leur liberté.

Au fait, les régimes où l’on dénie aux gens le droit de réfléchir et de faire réfléchir portent un nom : on les appelle habituellement des régimes totalitaires.

 

 

[1] Madeleine de Jessey, dans « Délit d’entrave, une loi liberticide » (Figarovox/Tribune, 29 novembre 2016).

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